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Chêne de la Nuit

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Federus d'Erin




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Messages : 111

MessageSujet: Chêne de la Nuit   Dim 15 Juin - 14:10

Chêne de la Nuit: Inspirer les jeunes pousses

Le code rouge à Citria faisait vigueur. On voyait dans les rues et ruelles les Rédempteurs, armés en conséquence et revêtant les couleurs de la garde de la capitale, patrouillant sans cesse, maintenant l’ordre à son niveau le plus élevé. Les passants à l’ordinaire fort loquaces et les marchands habituellement bien visibles se taisaient en cette période peu invitante pour l’ensemble des citadins de la capitale d’Hastanie. Les rues n’étaient plus animées par une populace grouillante et animée, parsemée ici et là de visiteurs étrangers, mais laissaient voir des gens disciplinés et silencieux, de peur des représailles de l’Armée de l’Aube. Les auberges ici et là faisaient exception, là où on autorisait un certain relâchement, évitant ainsi les ires de la société Hastane. On y trouvait de toutes sortes de gens : héros, citoyens, marchands, ivrognes et parieurs s’y plaisaient fort bien.

C’est là qu’on dit à Federus Adrale, ce nouvel arrivant du village d’Erin, qu’il était arrivé en moment bien peu opportun. Il arquait légèrement le sourcil, plutôt surpris de voir les héroïques représentants de l’Armée de l’Aube au repos en ces temps difficiles. C’est lorsqu’il dut subir l’affront d’un certain Garath qu’il comprit qu’il n’avait plus à faire avec un peuple dévoué, militaire et croyant, mais bien égoïste et peu enclin à supporter le Royaume. Et il les vit en grand nombre et les jugea avec empressement et fermeture d’esprit, bien que lui-même se soit joint à eux un soir bien arrosé. Mais après avoir réalisé que ces rassemblements festifs faisaient coutume dans la grande Citria, il décida de laisser de côté ces oisifs et se mit au service de Citria. Empoignant sa hache, seul vestige de sa malencontreuse rencontre avec quelque vide-gousset bien expérimenté, il décida d’aller à l’orée des bois, accompagné d’une compagnie de bûcherons, et étêta les restes morts de la forêt. Il fallait en effet approvisionner Citria qui n’était pas très ouverte au commerce et à l’artisanat en ces temps sombres pour que les gens de métier et Rédempteurs de l’Armée soient provisionnés en bois. Et c’est dans le silence des forêts, quelques fois gardées par quelque compagnie de Chevaliers qui passait par là, qu’ils profitèrent des joies de la nature.

Mais qu’on ne se trompe point; ce n’était pas pour notre héros un passage difficile et empli de tourments, puisqu’il trouva là un réconfort à s’abriter sous le couvert des bois. Conventions superficielles et oisiveté envahissante le déplaisaient fort en Citria et c’est parmi le murmure des arbres qu’il se sentait calme et serein. C’est pourquoi il endura le froid hivernal, frappant durement l’écorce givrée des arbres pour gagner son dû. Mais l’incident qui nous intéresse n’est pas celui-là. Après plusieurs heures de labeur, on fit envoyer la compagnie de bûcherons à la capitale, rapportant ainsi le bois durement coupé, mais Federus décida de demeurer un instant, sous le voile obscur de la nuit, parmi la forêt invitante. Profitant de la chaleur d’un feu de camp difficilement maintenu en forme, il contempla longuement les étoiles qui couvraient le ciel en cette nuit claire, rare dans les temps présents, et profita d’un repos bien mérité.

La neige avait crispé non loin de Federus et de son camp de petite fortune. Il se tourna un moment, n’y percevant qu’ombre et murmures, et c’est à cet instant que son feu rendit l’âme. Au moment où il se penchait pour le rallumer, il porta attention aux traces de pas nouvellement imprimées sur le tapis de neige couvrant la nature gelée.


-Votre feu semble éteint camarade.

Il se leva brusquement, le regard sévère, scrutant d’un regard inquisiteur les environs, sans dire mot.

-Un peu d’aide pour l’allumer?

Et c’est à cet instant que la neige se souleva brusquement aux côtés d’un pin près de lui. Au centre de l’onde de choc, une silhouette, dont les reflets de la lune laissaient apercevoir des teintes vertes et bleutées.

-J’espère que vous n’êtes pas ici pour quelconque coquinerie…

Ce n’était pas le cas. La silhouette s’approcha de lui. Ses vêtements portaient l’usage de l’homme des bois et son équipement était imposant. Appuyé sur un bâton de bois, il lorgna longuement vers le jeune bûcheron et esquissa un sourire. Après entrevue mutuelle convenable, ils convinrent qu’ils se plaisaient également. Le jeune impétueux portait en lui les mêmes critiques que cet inconnu d’un âge plus avancé. Tous deux convenaient que Citria était devenue oisive, déplaisante, pleine de jugements, où l’apparat et la luxure aveuglaient le jugement objectif de la Justice. Si on les avait entendus en Citria, on les aurait injustement qualifiés d’hérétiques, d’infidèles. Ironiquement, leur discours ne pouvait être plus propre aux volontés d’Odéon et à la défense des principes militaires. Mais il y a un point sur lequel ils ne s’entendaient pas.

-J’ai complètement perdu espoir que cela change. L’espoir que j’avais jadis est devenu désespoir, et ce désespoir est devenu déception.

-Je n’en crois rien, j’ai espoir que les choses changent et que les oisifs partent, que le voile qui couvre Citria se lève et qu’on voit enfin ce qui est à faire. Ce n’est pas en vous cachant dans les forêts, qui sont certes réconfortantes pour votre désespoir, que vous changerez les choses. Vous devriez venir en Citria.

Même s’il appréciait la verve et la bravoure de son jeune homologue, il ne pouvait accepter telle proposition. La nature s’était imprégnée en lui et jamais la cité ne l’attirerait à nouveau dans ses toiles.

Inversement, le jeune aspirant forestier admirait tout de ce rôdeur. Sa liberté fougueuse, son caractère immuable, son expertise et ses opinions pareilles aux siennes. Il voyait en lui ce qu’il aurait aimé être maintenant. Mais après ce long échange, une petite bête porcine vint s’immiscer dans la conversation. Seule, isolée, grattant le sol de sa truffe, cherchant sous le givre quelconque nourriture, la bête n’eut le temps de se rassasier. Le rôdeur, prenant en main un arc finement taillé, décocha une flèche vers la bête, directement sans son cou, laissant le cadavre s’écraser au sol en signe d’abandon. Il dépeça la viande, invita son jeune interlocuteur à le suivre et ils s’approchèrent d’un arbre sur lequel reposait une roche couverte de neige et de mousse. Il la retira et laissa découvrir un antre impressionnant, contenant nombre d’effets qui, à première vue, semblaient assez vieillots.

C’est après avoir refermé ce repaire secret qu’il lui tendit un sac empli d’effets, attaché à un bâton de bois. Sous le clair est étoiles et sous le couvert des arbres, il remit à ce jeune ambitieux un héritage qu’il n’oublierait jamais : Ses premiers effets. Intimidé par une telle générosité, il accepta tout de même, balbutiant quelques remerciements et promettant que ce cadeau ne serait pas vain.

Il n’oublierait jamais la générosité et le caractère de ce rôdeur Hastane, qu’il connut l’instant d’une brève nuit. Lorsqu’il quitta pour aller chasser le gibier à l’aube, il le salua avec respect. Cet être solide, immuable et inspirant, avait profondément changé la vision des choses de Federus. Le Chêne de la Nuit, l’avait-il baptisé, en raison de ses traits et du moment où ils se sont rencontrés. Elizir était peut-être son vrai nom, mais aux yeux de notre héros, cela ne lui rendait pas honneur.

Inspiré de cette force et de cette vaillance, il retourna en Citria dès l’aube, les traits encore plus sévères et encore plus convaincu que les choses devaient changer et que l’Armée, qui doit servir le Roi et Odéon, doit être respectée comme telle.


Spoiler:
 
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